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Nous aimerions que l’année 2010 soit celle où notre collectif constate qu’il n’est plus nécessaire. Quel plaisir ce serait d’organiser une grande fête à laquelle seraient invités toutes les associations, toutes les personnalités, toutes celles et ceux qui, un jour où l’autre se sont mobilisés à nos côtés pour apporter un soutien aux populations civiles darfouries, et d’annoncer : nous pouvons nous auto-dissoudre, le Darfour est maintenant en paix, les déplacés et les réfugiés ont pu rentrer dans leurs villages, ils ont récupéré leurs terres et peuvent à nouveau les cultiver, sans la menace des janjawids et des bandes de pillards, les femmes ne se font plus violer, le gouvernement central de Khartoum aide la région grâce à l’argent du pétrole, construit des écoles, des hôpitaux des routes, il ne considère plus les Noirs africains du Darfour comme des sous-hommes et de mauvais musulmans... Mais on en est loin. La paix et la justice ne sont encore qu’un rêve au Soudan.
Le commandant de la MINUAD (les Casques bleus de la force «hybride» constituée de troupes de l’ONU et de l’Union africaine), le général rwandais Patrick Nyamvumba en poste depuis le 1er septembre dernier, dénonçait encore tout récemment «la tendance croissante à l'insécurité au Darfour». Enlèvements, vols de véhicules, attaques violentes se multiplient ces derniers mois contre la MINUAD (5 casques bleus tués début décembre) et les ONG ; les alentours des camps de déplacés sont toujours aussi dangereux pour les femmes que guettent des bandes de voyous armés ; des tribus s’affrontent ; les structures sociales traditionnelles sont désintégrées... Ce chaos généralisé, savamment entretenu par Khartoum, fait que la vie demeure un cauchemar pour des centaines de milliers de déplacés et réfugiés. Certes on n’en est plus aux massacres de masse et aux atrocités commises en 2005 et 2006. Mais, comme le disait encore le général Nyamvumba, «la situation a beau s'être améliorée, elle reste explosive», et d’ajouter : «Il n'y a absolument aucune garantie sur le fait que la situation ne va pas empirer, parce que les facteurs qui ont provoqué le conflit, de mon point de vue, existent toujours.»
Alors que le drame se poursuit au Darfour, une autre tragédie risque d’ensanglanter le Soudan : l’Accord de paix global signé en 2005 avec le Sud risque de voler en éclat d’ici 2011. Les préparatifs du référendum d’autodétermination prévu pour 2011 par cet accord, au terme duquel le Sud pourrait passer du statut de région autonome à celui d’Etat indépendant, indiquent que Khartoum cherche à saboter le vote. La tension augmente chaque jour en dépit des négociations entre le parti majoritaire au Sud (le SPLM) et le gouvernement. Sur le terrain éclatent déjà le long des zones frontières mal délimitées des affrontements entre des ethnies manipulées par l’équipe d’El-Béchir et d’autres qui veulent être rattachées au Sud. Les fous furieux de l’Armée de résistance du Seigneur, basée en Ouganda voisin et largement contrôlée en sous-main par le gouvernement soudanais, font des incursions d’une sauvagerie inouïe contre des villages sudistes, faisant fuir des milliers de personnes. On reconnaît là les méthodes du régime soudanais : terroriser les populations par l’entremise de milices tout en feignant de n’y être pour rien.
La Cour pénale internationale (CPI) n’a heureusement pas été dupe et a inculpé le président Omar El-Béchir de crimes contre de guerre et crimes contre l’humanité, lançant du même coup un mandat d’arrêt international contre lui. S’il est vrai que l’homme n’en a pas moins continué à rester le bienvenu dans certains pays proches (comme en Mauritanie, le 21 décembre), ce mandat d’arrêt a cependant grandement limité ses déplacements. El-Béchir a ainsi dû renoncer à plusieurs voyages à l’étranger (Vénézuéla, Turquie, Copenhague...) de crainte de se faire intercepter en vol ou arrêter à l’arrivée. De plus, le gouvernement français a, heureusement, finalement renoncé à tenir le prochain sommet France-Afrique en Egypte dont le président Moubarak s’obstinait à accepter la venue de son homologue soudanais. Le sommet, initialement prévu en février, a été repoussé de plusieurs mois et devrait se tenir dans un pays africain refusant d’inviter l’organisateur en chef des massacres au Darfour.
Aux désabusés qui doutent de l’efficacité des poursuites lancées par la CPI, précisons que non seulement elles entravent les activités d’El-Béchir en tant que chef de l’Etat, mais qu’elles ont aussi pour effet de lui miner le moral ; son épouse, insatisfaite de sa forte baisse de tonus, a ainsi quitté le domicile conjugal pour s’installer à l’étranger. L’escapade n’a duré que quelques semaines, mais dans l’entourage de l’homme fort de Khartoum on ne se prive pas de rire sous cape. L’histoire n’est pas qu’anecdotique : on peut se demander si les autres dirigeants du régime, dont beaucoup sont désormais surtout préoccupés de profiter du pactole pétrolier, accepteront encore longtemps d’avoir à leur tête un président humainement et politiquement fragilisé. Quoi qu’il en soit, nous resterons aux côtés des Darfouris jusqu’à ce que justice leur soit rendue et que leurs bourreaux soient sous les verrous. Avec vous, 2010 sera encore une année de mobilisation pour le Darfour.
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