La revue Jeune Afrique vient de publier une tribune de trois prix Nobel africains qui répondent aux campagnes de dénigrement de la Cour pénale internationale (CPI) et appellent à soutenir son travail de justice face aux crimes commis au Darfour. Par ailleurs, dans un communiqué rendu public récemment, des ONG sénégalaises spécialisées dans la défense des droits de l’homme (Amnesty International Sénégal, la RADDHO, l’ONDH, ACAT/Sénégal et le RRADI) affirment que l'accusation selon laquelle la CPI ciblerait uniquement les Africains est ’’malveillante et sans fondement’’. Nous reproduisons ci-après la tribune de W. Maathai, D. Tutu et W. Soyinka.
Profondément préoccupés par la violence continue, les déplacements des personnes et la répression au Soudan, nous soutenons le rôle de la Cour pénale internationale (CPI), qui est de punir les coupables et de rendre justice à la population du Soudan. Nous espérons que le travail de la Cour aidera à briser le cercle vicieux de la violence et de la culture du silence dans la région du Darfour. Et nous exhortons la communauté internationale – y compris tous les voisins et amis du Soudan – à s’unir pour appuyer le rôle de la CPI au Soudan.
Conséquence de la mise en accusation du président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre, la réunion des États africains à Addis-Abeba les 8 et 9 juin 2009, organisée par quelques pays qui critiquent la Cour pénale internationale au motif qu’elle viserait les dirigeants africains, semble avoir pour véritable objectif de protéger le président soudanais, accusé des pires atrocités.
Nous sommes profondément bouleversés par la réponse du gouvernement du Soudan à la décision rendue, le 4 mars 2009, de lancer un mandat d’arrêt contre le président Omar el-Béchir. En expulsant des ONG et en restreignant l’aide humanitaire dans la région du Darfour, le gouvernement soudanais met encore davantage en péril les quelque 4,7 millions de personnes estimées dans la région, dépendantes de l’aide alimentaire et médicale. Les organisations expulsées assuraient plus de la moitié de cette aide.
Une étude menée par l’ONG américaine Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits humains) auprès de femmes darfouries ayant fui au Tchad montre qu'un tiers ont été violées et que la plupart redoutent d’être victimes de sévices sexuels dans les camps de réfugiés où elles vivent dorénavant. Le rapport souligne que ces femmes ne bénéficient d’aucun soutien moral ou juridique.
Par Bernard Schalscha, secrétaire général du collectif Urgence Darfour.
Omar El-Béchir s’est engagé dans un bras de fer avec la communauté internationale : en dépit du mandat d’arrêt lancé contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il voyage dans le monde arabe afin de s’assurer du soutien de ses homologues. Et malheureusement il l’obtient à chacune de ses étapes. Le sommet de la Ligue arabe qui vient de se tenir à Doha (Qatar) l’a non seulement chaleureusement accueilli mais s’est en outre fendu d’une déclaration dénonçant la décision de la CPI. Lors du sommet Amérique du Sud/Pays arabe qui a suivi, il s’est même trouvé un nouveau supporter en la personne d’Hugo Chavez qui a affirmé que le mandat de la CPI constituait « une horreur judiciaire et un manque de respect pour les peuples du tiers-monde ». Cherchant à élargir encore le front de ses soutiens, El-Béchir va très prochainement envoyer un émissaire à Moscou. Pendant ce temps, les Nations unies se font remarquablement discrètes. Les populations du Darfour apprécieront.
C’était prévisible, mais cela n’en reste pas moins consternant. Le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar El-Béchir a déclenché une levée de boucliers brandis par les alliés et protecteurs de celui que les juges viennent d’inculper de crimes contre l’humanité. Une coalition de fait s’est constituée qui tente de bloquer la procédure en utilisant divers arguments, le principal étant que la CPI ne serait qu’un instrument aux mains des Occidentaux qui chercheraient à imposer leurs vision et visées néo-impérialistes à un Etat africain indépendant. En d’autres termes, il faudrait protéger Omar El-Béchir, farouche défenseur du Sud face à l’Occident prédateur. Procédé négationniste classique qui occulte les victimes pour faire du bourreau un innocent. On serait en effet bien en peine de trouver dans l’avalanche de déclarations hostiles à la décision de la CPI une quelconque évocation des souffrances sans nom infligées aux populations du Darfour. Que ce soit par solidarité islamique comme c’est le cas pour la Ligue arabe, par démagogie nationaliste anti-occidentale pour la Russie, par défense de ses intérêts bien compris pour la Chine, par peur d’être un jour la cible légitime de la CPI comme le redoutent bon nombre de chefs d’Etats regroupés dans l’Union africaine, la seule et unique préoccupation est d’arrêter non pas la main du criminel mais le bras de la justice.
Heureusement que quelques voix se sont élevées depuis le continent noir pour dire haut et fort leur appui aux magistrats de la CPI. Et notamment celle de Desmond Tutu, un homme qui, de par son long combat contre l’apartheid en Afrique du Sud, dispose d’une incontestable légitimité pour s’exprimer contre le racisme, l’injustice et l’hypocrisie des oppresseurs. Nous publions ci-dessous le texte que le prix Nobel de la Paix a rendu public le 3 mars, soit la veille de l’annonce des poursuites lancées contre le dictateur soudanais par les juges de la Cour préliminaire de la CPI.
L’Afrique va-t-elle tirer le Soudan d’affaire ?
Par Desmond TUTU, ancien archevêque anglican deCape Town, prix Nobel de la paix en1984.
Le lancement,escompté demain, d’un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar Hassan El-Béchir de la part de la Cour Pénale Internationale place les leaders africains devant un choix difficile : sont-ils du côté de la justice ou de l’injustice ? Du côté de la victime ou de l’oppresseur ? Le choix est clair mais jusqu’à présent la réponse de nombreux leaders africains a été une honte.
Parce que les victimes au Soudan sont africaines, les leaders africains devraient être les premiers à soutenir les efforts faits pour amener les coupables à rendre des comptes. Pourtant, au lieu d’être aux côtés de ceux qui souffrent au Darfour, les leaders africains se sont jusqu’ici ralliés à l’homme responsable d’avoir transformé ce coin de l’Afrique en cimetière.
COMMUNIQUE DU CUD : EL BECHIR EST INCULPE PAR LA CPI
Par Dr.Jacky Mamou, président du collectif Urgence Darfour et Bernard Schalscha, secrétaire général.
Le collectif Urgence Darfour salue la décision des magistrats de la chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) qui viennent de délivrer un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar El-Béchir. Ils n’ont pas hésité à lancer des poursuites contre un chef d’Etat en exercice, ce qui constitue une première laissant espérer la fin de l’impunité pour les dirigeants bourreaux de leur propre peuple.
La chambre préliminaire fait donc siennes presque toutes les requêtes du procureur Moreno-Ocampo, accueillies avec enthousiasme parmi les populations civiles du Darfour qui avaient le sentiment d’être abandonnées à leur sort.
La décision de la CPI survient en effet alors que la communauté internationale n’a jusqu’à présent guère assumé sa responsabilité de protéger, laissant ainsi le régime soudanais organiser massacres, viols, pillages et épuration ethnique contre les populations noires africaines du Darfour. Il aura fallu 300 000 morts, selon le chiffre avancé par l’ONU mais que de nombreux experts estiment en réalité s’élever à 400 000, et quelque 4 millions de déplacés et réfugiés avant qu’une sanction ferme soit prise à l’encontre du responsable en chef de la politique génocidaire développée depuis maintenant six ans par le régime soudanais.
En inculpant le maréchal-président soudanais de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, la CPI inflige un démenti radical aux discours qui minimisaient les abominations commise par le régime de Khartoum et contribuaient ainsi à la désorientation de l’opinion.
La CPI a su résister aux multiples pressions, menaces et chantages, en premier lieu ceux exercés par Khartoum qui a fait savoir qu’une inculpation d’Omar El-Béchir aurait des conséquences très graves sur le terrain. Les juges ont ainsi réaffirmé qu’il ne peut y avoir de paix sans que le droit soit dit et la justice rendue.
Reste à savoir maintenant comment le verdict sera appliqué. Il est à craindre que des échappatoires à l’arrestation soient offerts à El-Béchir. Certains Etats lui ont déjà proposé l’asile, défiant ainsi la justice internationale. Et des voix se sont à nouveau élevées pour envisager l’application de l’article 16 régissant la CPI qui permettrait de suspendre la procédure judiciaire. Le collectif Urgence Darfour dénonce toute tentative visant à empêcher la justice internationale de se saisir de celui qu’elle vient d’inculper de crimes effroyables. La France et les autres pays de l’Union européenne, qui ont ratifié le statut de la CPI, doivent user de tous leurs moyens diplomatiques, économiques et de surveillance pour contribuer à l’arrestation d’Omar El-Béchir.
La communauté internationale ne doit pas prendre le risque de laisser le régime criminel d’El-Béchir se venger du verdict de la justice internationale par de nouveaux meurtres et destructions. Le laisser déclencher des représailles contre les populations du Darfour et les travailleurs humanitaires ainsi que contre les Casques bleus de la Minuad (force mixte ONU/Union africaine) reviendrait à donner raison à ceux qui se sont opposés à la procédure de la CPI. Il est absolument indispensable que les forces de la Minuad soient enfin complétées sur le terrain et dotées des équipements dont elle ont besoin, notamment les hélicoptères que réclame Alain Le Roy, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix.
La communauté internationale a désormais la responsabilité d’établir un cordon sanitaire diplomatique et économique isolant un Etat ayant à sa tête un homme recherché par la justice internationale. Les gouvernements qui offriraient à El-Béchir accueil ou aide, qui continueraient à lui vendre des armes et acheter son pétrole, se feraient complices d’aide à un criminel que doivent rechercher toutes les polices du monde.
Par Bertrand Lebeau secrétaire général adjoint du CUD
La Cour Pénale Internationale (CPI) a annoncé aujourd'hui qu'elle rendrait le mercredi 4 mars 2009 sa décision au sujet de la requête présentée le 14 juillet 2008 par le Procureur Ocampo "aux fins de la délivrance d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Al Bashir". Le communiqué précise en outre que la décision sera rendue publique par la voie normale d'un communiqué de presse et d'une publication sur le site internet de la Cour.
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France et le collectif Urgence Darfour contre l’instauration d’un front turco-soudanais visant à faire échouer la justice internationale.
Il n’aura pas fallu 24 heures pour que les « préaccords de paix » signés à Doha (Qatar) entre le gouvernement soudanais et le groupe armé JEM révèlent leur véritable nature : une opération de poudre aux yeux motivée par des intérêts fort éloignés de la recherche d’une paix juste. Alors que la Chine félicitait les deux parties « pour leur engagement dans la recherche d’une solution durable à la crise du Darfour » et que l’Union africaine louait les médiateurs de cet « accord » signé mardi 17 février, Khartoum reprenait dès le 18 les attaques contre son partenaire de la veille. Les naïfs et les aveugles (volontaires ?) qui dans certaines chancelleries croyaient qu’au Darfour on pouvoir aboutir à la paix au détriment de la justice assistent à la perpétuation de la guerre et de l’injustice.
La FRA Nor Seround et le Collectif Urgence Darfour dénoncent le rapprochement perceptible entre le Soudan et la Turquie en vue d’éviter au dictateur soudanais Omar El-Bechir d’éventuelles poursuites internationales pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.
Le président soudanais El-Béchir, dictateur islamiste et massacreur en chef des Darfouris, devrait savoir très prochainement ce que les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont décidé à son sujet. Au vu du dossier réuni par le procureur Moreno-Ocampo, il est probable qu’ils valideront ses requêtes et l’inculperont au minimum de crimes contre l’humanité et lanceront contre lui un mandat d’arrêt international. Le vent tourne pour le chef de l’Etat soudanais qui est en train de perdre ses soutiens en Afrique : l’Union africaine vient en effet de renoncer à tenter de bloquer la procédure judiciaire et semble se résoudre à son arrestation.
Par Bernard Schalscha, secrétaire général du collectif Urgence Darfour.
Le maréchal-président El-Béchir, dictateur islamiste dont le régime est engraissé par les pétro-dollars, va-t-il faire plier la communauté internationale ? On est en droit de se poser la question depuis que la Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ont laissé entendre que ledit Conseil pourrait adopter une résolution suspendant provisoirement l’enquête de la CPI menée par le procureur Luis Moreno-Ocampo. En savoir +
Lundi 14 juillet, le Procureur Ocampo va présenter devant la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale de nouveaux cas de hauts dirigeants soudanais, dans le cadre d'une procédure pour des crimes commis au Darfour. En savoir +
Par le réseau Justice pour le Darfour. , le jeudi 04 juin 2009.
Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies devraient exprimer leur soutien ferme aux efforts de la Cour pénale internationale (CPI) pour que justice soit rendue aux victimes de crimes au Darfour, a déclaré aujourd’hui Justice pour le Darfour, un réseau d’organisations africaines, arabes et internationales de défense des droits de l’Homme dont le collectif Urgence Darfour est membre.
Le procureur de la Cour pénale internationale présentera au Conseil de sécurité un rapport sur son enquête au Darfour le 5 juin 2009.